Les premières têtes : des années vingt à 1985

La première serait apparue en 1928 et on a trouvé la dernière en 1985. Leur auteur a donc sévi impunément une soixantaine d'années. 23 têtes sont visibles dans le petit Musée des têtes de Vieille-ville.

Selon Colin Souarpix, grand connaisseur de l'histoire de l'île, de son fonctionnement et de ses habitants (par ailleurs lui-même résident depuis plus de cinquante ans), chaque tête représenterait une personne qui occupait une place importante dans la communauté, mais qui n'était pas obligatoirement une personnalité : le statut social par exemple n'intervient en rien dans le fait de se voir attribuer une « tête » et toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées. Elles faisaient leur apparition (ou on les trouvaient) un beau matin sans plus de cérémonie, quelquefois accompagnées du surnom de la personne qu'elle représentait ou d'un surnom inventé pour l'occasion. Elles étaient le plus souvent implantées à proximité de la maison de l'intéressé, mais pas toujours, ce qui explique qu'il est quelquefois difficile de savoir à qui elle faisait référence.

« Ce qui est sûr, c'est que quand on avait droit à une "tête", c'est qu'on avait une certaine importance dans la vie de l'île. Soit en tant qu'emmerdeur, soit en tant que personne sympathique. La ressemblance est rarement physique (ce ne sont pas des caricatures), mais l'aspect général ou des éléments précis rappellent instantanément la personne, pour ceux qui la connaissaient un peu. Ce qui est intéressant et drôle, c'est que de nombreuses légendes attribuent à ces "statues" des pouvoirs mystérieux et contradictoires. Les mécontents qui les ont déplacées (ou démontées) pour qu'on ne les voient plus auraient eu à faire face à des événements plus ou moins dramatiques : mauvaises récoltes, perte d'emploi, maladies et même des décès. On a même quelquefois vu des offrandes (des fruits, des fleurs et des petits objets) placées au pied de la tête, probablement pour "contrer" son supposé pouvoir. Le plus drôle, c'est que les personnes concernées ont toujours affirmé de ne pas être responsable de ces offrandes.
À l'inverse, ceux qui étaient flattés et contents auraient vu d'heureux événements se produire : gains aux jeux, récoltes exceptionnelles et guérisons (presque) miraculeuses ! Évidemment, dans un cas comme dans l'autre, rien de tout cela n'a été prouvé.
Donc, soit on plantait devant une haie d'arbustes pour la cacher, soit on la protégeait des intempéries en y installant au dessus un petit toit.
En gros, selon que l'on avait plus ou moins le sens de l'humour, on s'en vantait ou non. Mais ce qui est sûr, c'est que maintenant, les familles les gardent précieusement. »